On entend parler de plus en plus de la fibromyalgie parce qu’il s’agit maintenant d’une maladie reconnue par l’Organisation mondiale de la santé. Malheureusement, beaucoup de gens ont été suivis en psychiatrie parce que l’on croyait qu’il s’agissait simplement d’un désordre psychique.

Il est maintenant connu qu’il s’agit d’une maladie pouvant résulter de plusieurs causes et provoquer toute une variété de symptômes et de problématiques. Il est conseillé de consulter votre médecin. Ne vous fiez pas seulement aux informations que vous trouvez sur internet ou à une équivalence des symptômes; il est important de consulter. Dans cet article nous ne reprendrons pas les conseils du premier article, mais nous nous attarderons aux explications des causes connues.

Il y a 3 causes assez bien décrites actuellement et nous prendrons le temps d’expliquer ce qui les caractérise:

  • L’hypersensibilité centrale : une source chronique de douleur (différents types possibles) qui finissent par causer un dérèglement de la gestion de la douleur par le cerveau qui se met alors à interpréter différent stimuli (souvent de perception) comme étant de la douleur.
  • Une trop grande pression dans le liquide céphalo-rachidien.
  • Une destruction des petites fibres périphériques (neuropathie périphérique).

Il y a aussi ce que l’on pourrait appeler des facteurs aggravants, qui ne sont pas nécessairement des causes, comme par exemple le débalancement du microbiote intestinal. Nous y reviendrons.

L’hypersensibilité centrale

Le principe est relativement simple : trop de douleurs continuelles perçues par le cerveau finissent par causer un débalancement de la gestion des sensations. Le cerveau n’est, en quelque sorte, plus capable de différentier ce qui est vraiment de la douleur, de ce qui n’en est pas. Il interprète alors différents types de stimuli, comme les propriocepteurs (récepteurs qui nous renseignent sur la position des membres) ou les récepteurs au touché de la peau. Le cerveau n’est donc plus capable de faire la distinction entre ce qui est une sensation banale (ex : le poids de votre chandail sur vos épaules) et une sensation de douleur.

Il est possible que certaines personnes aient un déficit ou une surproduction de certains neurotransmetteurs qui faciliterait le développement d’une hypersensibilité centrale. Certains facteurs peuvent y jouer un rôle important comme l’inflammation, l’alimentation et le sommeil. Un sommeil de qualité est essentiel au rétablissement chaque jour des niveaux sains des différents neurotransmetteurs du cerveau. Les problèmes de sommeil engendrés par la douleur peuvent donc participer au développement ou au maintien de l’hypersensibilité centrale (un cercle vicieux). Une étude récente (Kosek et al, 2018. Brain, Behavior, and Immunity, septembre 2018) a démontré un rôle important de l’inflammation du cerveau qui est directement corrélée au niveau de fatigue des gens souffrants de fibromyalgie.

La pression du liquide céphalo-rachidien

Une autre étude récente propose cette nouvelle hypothèse pour certaines personnes atteintes de fibromyalgie ou de douleurs généralisées inexpliquées (Hulens et al, 2018. Annals of Physical and Rehabilitation Medicine, juillet 2018). Le liquide céphalo-rachidien est un liquide clair qui baigne le cerveau et le cervelet. Il a un rôle de structure en maintenant la forme du cerveau et de protection contre les choques en créant une forme d’amortisseur entre celui-ci et le crâne. L’étude de Hulens et ses collaborateurs a démontré un soulagement d’un grand nombre de symptômes de fibromyalgie en quelques heures et ce jusqu’à 8 semaines, par le prélèvement de liquide céphalo-rachidien afin de réduire la pression. Une trop grande pression du liquide causerait un drainage par l’enveloppe des nerfs de la base du cerveau, ce qui irriterait l’enveloppe et causerait des douleurs généralisées.

La destruction des petites fibres périphériques

Une méta-analyse (étude regroupant plusieurs études déjà réalisées) récente a déterminé qu’une pathologie des petites fibres périphériques serait présente dans environ 50% des cas de fibromyalgie (Grayston et al, 2018. Seminars in Arthritis and Rheumatism, août 2018). Les petites fibres périphériques sont les extrémités des fibres nerveuses qui permettent la détection des sensations (chaleur, touché, la vue, etc.). Les causes de leur destruction ou de leur mauvais fonctionnement ne sont pas connues. Il pourrait très bien s’agir pour certaines personnes d’une conséquence du développement d’une hypersensibilité centrale ou encore, pour d’autres personnes, d’une cause.

Effectivement, les études chez l’animal ont démontré que le développement d’une hypersensibilité par de mauvaises proportions en neurotransmetteurs peut causer la baisse des petites fibres nerveuses périphériques. D’un autre côté, des chercheurs ont émis l’hypothèse que certains cas de fibromyalgie pourraient être causés par des disfonctionnements des petites fibres périphériques. Les petites fibres pourraient, entre autres, être attaquées par le système immunitaire. Si le système immunitaire d’une personne attaque malencontreusement ses petites fibres périphériques (maladie auto-immune), il en résulterait une grande quantité de message difficilement interprétable par le cerveau qui causeraient le développement d’une hypersensibilité centrale.

Les facteurs aggravants

Tous les gens atteints de fibromyalgie semblent avoir un grand déficit en antioxydants, mais on ne sait pas s’il s’agit d’une cause ou d’une conséquence. Le rétablissement d’un niveau normal d’antioxydants systémique (dans tout le corps) par l’alimentation (riche en fruits et légumes) et/ou la prise de suppléments de qualité, permettrait de réduire la douleur ressentie et d’améliorer le sommeil.

Certaines études ont aussi démontré une implication des mitochondries (les usines énergétiques de nos cellules). Un mauvais fonctionnement des mitochondries serait présent dans beaucoup de cas de fibromyalgie. Ici encore, cela souligne un besoin accru de ce qui peut améliorer le fonctionnement des usines énergétiques, mais on ne sait pas si elles peuvent faire partie de la cause ou être une résultante par exemple, de la fatigue chronique.

Étant donné que l’inflammation peut jouer un rôle primordial dans la douleur ressentie, mais aussi dans le développement des causes mentionnées auparavant, tout ce qui influence l’inflammation est à considérer. Mentionnons notamment l’alimentation (qui a un impact important sur le microbiote intestinal), le poids corporel, la qualité du sommeil, le stress et l’activité physique. Les saines habitudes de vie peuvent donc beaucoup aider.

Plusieurs causes possibles = plusieurs solutions possibles

Ces quelques explications aident à comprendre que selon la personne atteinte de fibromyalgie, les approches pour soulager la douleur et améliorer sa condition peuvent ne pas avoir les mêmes résultats. Il faut donc essayer et garder espoir.